François


François dans les grands
salons de la Sorbonne
Impossible de ne pas faire un peu d’histoire et de géographie afin de dresser le portrait de François Lê. Un prénom français et un nom Vietnamien. A travers lui, nous allons découvrir le récit d’une famille aussi captivante qu’émouvante. Mais revenons tout d’abord au Viêt Nam, terre natale de ses parents. Le pays est bordé par la Chine au nord, le Laos, le Cambodge et le golfe de Thaïlande à l’ouest et la mer de Chine méridionale à l’est et au sud. La guerre d’Indochine est un conflit armé qui se déroule de 1946 à 1954 en Indochine française. Elle aboutit à la fin de cette fédération, ainsi qu’à la sortie de l’Empire colonial français des pays la composant et à la division en deux États rivaux du territoire vietnamien [le nord Viêt Nam communiste et le sud Viêt Nam, non communiste]. La famille Lê (paternelle) et la famille Cao (maternelle) viennent du sud. Plus précisément de Saigon (Hô-Chi-Minh-Ville pour les communistes) et de Vinh Long.

L’une des ancêtres de François serait arrivée de Chine pour trouver du travail. Son frère et elle font alors partie d’une troupe d’artistes ambulants. Cette arrière-arrière-grand-mère se marie à un vietnamien et se sédentarise. Elle perd la trace de son frère, qu’elle retrouvera des années plus tard. Resté artiste ambulant, elle reconnait son frère grâce aux baumes qu’il vend sur son tapis !

Les deux branches de la famille de François se caractérisent par des positions sociales différentes. L’arrière grand-père maternel de François est un haut fonctionnaire du Ministère de la Justice. Domaine de prédilection pour cette branche de la famille.

En 1954, les Accords de Genève marquent la fin de la Première Guerre d'Indochine entre la France et le Viêt Nam. Il est alors possible de choisir entre la nationalité française et la nationalité Vietnamienne. Or, des tensions montent rapidement entre le nord et le sud du Pays. En choisissant la nationalité française, les emplois dans l’administration sont interdits. La famille Cao opte pour la nationalité française. La famille Lê, bien que francophone, conserve la nationalité vietnamienne. Un choix qui s’avérera crucial par la suite.

Hung (Lê) rencontre Thanh (Cao) lors de ses études de droit à Saigon. Ils ont 20 ans et sont libres de sortir ensemble où et quand ils veulent dans le Viêt Nam des années 70. Ils seront présentés par le frère de Thanh, qui est le meilleur ami de Hung. Thanh fait des petits boulots [à l’usine et comme couturière]. Après ses études, Hung travaille dans l’administration fiscale. En 1973, les États-Unis se retirent progressivement et définitivement du Viêt Nam.

Avec la chute de Saigon en 1975, le père de François qui est fonctionnaire, ainsi que ses 3 frères militaires sont pourchassés et risquent d’être envoyés dans les camps de rééducation du nord. Ils se cachent plusieurs mois dans la campagne. Thanh, qui rappelons-le, possède la nationalité française ainsi que les autres membres de sa famille, est enceinte. Elle sera rapatriée en France en 1977, avec toute sa famille. En revanche, Hung (Lê) prend la fuite comme boat people. François me rappelle que généralement 1 personne sur 2 mourait sur ces embarcations de fortune. Après avoir dérivé en Mer de Chine ou dans le Golfe de Thaïlande, Hung (Lê) séjourne quelques mois dans un camp de réfugiés en Thaïlande. Alors que la majorité de ses compatriotes attendent de partir pour les Etats-Unis, Hung demande l’asile à la France.

En 1979, à 27 ans, il retrouve enfin Thanh en France et fait la connaissance de son fils Frédéric, déjà âgé de deux ans. François naît en octobre 1980, suivra son frère Louis en 1982. Dans ces années-là, il est courant chez les vietnamiens de donner un prénom originaire du pays d’adoption. Thanh s’occupe désormais de ses fils, fait des ménages et deviendra gardienne de musée, comme son père avant elle [alors qu’il ne parlait pas le français]. Hung fait divers petits boulots avant de prendre des cours du soir et passe un CAP électronique. En 1982, il entre chez OTIS et obtient un logement HML. Il décroche une formation en informatique dans le cadre du FONGECIF. En 1990, la famille Lê achète une maison à Villeneuve Saint-Georges.

François dans les années 80
François grandit dans le Val de Marne, où il habite toujours. Il est bon élève, plutôt sérieux, aime l’école, fait ses devoirs tout seul et bénéficie, étonnamment, de la protection des caïds de la classe ! A la maison, on parle le vietnamien mais on se fait sermonner en français ! La langue française sera d’ailleurs pour la branche paternelle, la langue du secret, surtout vis-à-vis des enfants à la maison.

Un père catholique, une mère bouddhiste, chacun est libre de ses choix à Villeneuve Saint-Georges. Si François est baptisé et a fait sa 1ère communion, son benjamin privilégie la religion bouddhiste. Hung (Lê) emmène toute sa famille en vacances dès 1984 ! Ils partent en camping à Carnon, station balnéaire de l'Hérault, à 20 ou 30 [cousins, parents, enfants, grands-parents] ! François aime déjà le foot et n’a pas de rêves particuliers étant petit. Il a néanmoins de grandes facilités à l’école. Sa famille l’incite et le pousse à bien travailler. Il fera Maths & Economie à l’Université jusqu’au Master. Il débute sa carrière professionnelle au Ministère de la Santé, puis dans une Autorité administrative indépendante. Très prochainement, il va rejoindre une autre Administration parisienne.

En juin 2012, François perd brutalement son père, Hung (Lê), alors seulement âgé de 60 ans. En mars 2013, il entreprend un voyage au Viêt Nam alors qu’il n’y était pas retourné depuis 13 ans. Moins sensible au retour sur le sol de ses ancêtres que par les retrouvailles avec les membres de sa famille, ce sont surtout les gens qui l’intéressent. Il passe du temps avec les membres de sa famille paternelle, essentiellement à Saigon [une ville grouillante], à Vinh Long et au Cap Saint-Jacques, le Deauville local.

Avec sa double culture, François adore la façon dont les vietnamiens voient les français ! Nos repas durent trop longtemps, on mange tout le temps du pain [sa tante lui en achète à chaque fois qu'elle l'invite] et on mange – parait-il -  du crocodile ! La blague qui court au Viêt Nam : " Un français va au restaurant et commande un café. Le serveur se trompe et lui amène du thé. Le français dit "faux". Et le serveur revient alors avec un bol de Pho".
Retour au Viêt Nam en mars 2013

L'école commence à 7h00 du matin et comme tous les pays asiatiques, c'est l'hégémonie des cours privés. Tous les étudiants, dès l’âge de 14 ans, prennent des cours supplémentaires [notamment d’anglais]. Une petite classe moyenne commence à émerger, capable de s’offrir des vacances à la mer de 2 à 3 jours (!). C'est un début, l'économie progresse. Le dimanche, au lieu d’aller à la messe, les gens vont libérer des poissons vivants qu'ils ont achetés juste avant à la poissonnerie, dans le fleuve [une croyance bouddhiste liée à la réincarnation] ! Conduire en 2 roues, relève de l’exploit. Il y a des feux rouges que l’on a le droit de griller si l’on tourne à droite. On roule souvent à contre-sens et on klaxonne tout le temps ! François nous explique aussi que le scandale alimentaire au Viêt Nam, ce n’est pas le cheval mais la viande de buffle à la place du bœuf ...

Il y a encore un reste de France là-bas. D’ailleurs, les français bénéficient d’un capital sympathie et la population essaie de dire 2 ou 3 mots comme : " Pourquoi dit-on un cheval et deux chevaux ? Ils sont compliqués les français ! ". Le beurre coûte l'équivalent de 3 kg de riz et les vietnamiens en raffolent. Alors, le beurre [Président] est protégé par antivol dans les magasins !

Là-bas, les informations internationales commencent toujours par la Chine et la Corée du Nord ! Le parti possède un bureau dans toutes les villes ; François découvre les affiches de propagande. Le nouvel an vietnamien est passé, il reste cependant des affiches : " Vive la nouvelle année, vive le parti ...". S’il a mis du temps avant de retourner au Viêt Nam, ce sont justement pour ces raisons d’idéologies politiques et par manque de libertés (par exemple, Internet est censuré).

François a hérité de son père, son sens de l’humour et sa répartie. Quelque soit la religion au Viêt Nam, la seule qui unit aujourd’hui encore le peuple est le culte des ancêtres. Pas une maison qui n’ait à l’entrée la photo des parents et des grands-parents. Le jour du nouvel an, on invite les disparus à sa table. L’équivalent de notre Toussaint, en quelque sorte.

François se projette d’ici une dizaine d’années avec une femme et des enfants. S’il gagne au loto [il est très joueur !], il partagera ses gains avec sa famille [qui compte énormément pour lui], voyagera un peu et créera une fondation. Il a des goûts simples, aime les soirées foot et par dessus tout, les soirées entre amis au restaurant. Son pêché mignon ? Les chaussures ! Il peut acheter 5 ou 6 paires par an !

Hasard ou coïncidences, ses deux grands-pères s’appelaient tout deux « étoile » : Lê Van Sao (Sao, signifie « étoile ») et Cao Huu Thien Etoile (prénom français donné par son père) ! Deux étoiles filantes, aux trajectoires exceptionnelles … Qui pourrait donc en vouloir à François d’être parfois dans la lune ? Pas moi.

Cảm ơn nhiu lm François !

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