Georges






C’est dans la commune de Dolisie [à 110 km de Pointe-Noire] que naît Georges le 22 avril 1954. Le Congo à cette époque est encore une colonie française. Ce n’est que le 15 août 1960, que le Congo-Brazzaville accède à l'indépendance. La République du Congo sera dirigée par l'abbé Fulbert Youlou. Issu d’une famille de 10 enfants, son père travaille dans une usine de cimenterie à Loutété [qui existe toujours]. Georges rentre chez les Pionniers [pépinière de l’idéologie marxiste à cette période]. Il a de beaux souvenirs de baignades à Loubomo, la 3ème ville du pays. Georges prend le train [CFCO] pour se rendre au collège dans un internat qui se situe à 45 km de chez lui. 

Des rêves se dessinent en 6ème grâce à un groupe vocal. Un copain [plus âgé, un «grand» donc], lui offre sa 1ère guitare. Il ne sait absolument pas en jouer mais «s’arrange» avec un camarade. Ils fondent un groupe : les «Cerveaux Rouges». Repérés par le directeur du collège, il les engage pour interpréter des chants politiques. Georges aime l’école où tout se passe bien jusqu’en 5ème. Mais les choses se corsent en 4ème à cause d’un professeur d’anglais avec qui il aura des rapports de force. Par ailleurs, son père s’inquiète de cette passion débordante pour la musique. Alors qu’il entre en 3ème, Georges change de collège et part étudier à Baratier. Il passe un pacte avec son père qui lui demande d’arrêter la musique et de décrocher son brevet.
 
Examen en poche, Georges part s’installer chez un oncle à Brazzaville où il reprend illico la musique et découvre le théâtre au Centre Culturel Français. Il pratique le théâtre pendant 3 ans, jusqu’en terminal. L’année de son Bac, il entre au Centre de formation d’Art Dramatique et intègre le Théâtre National Congolais. Acteur légitime, la reconnaissance commence avec un article élogieux et une photo de lui dans l’unique journal du pays, article qui fera la fierté de son père. Son frère sera un soutien précieux dans sa carrière. Intellectuel, étudiant à l’Université, il fera venir de nombreux étudiants au théâtre. Dans les années 80, Georges participe à de nombreuses créations et joue des auteurs congolais [Sony Labou Tansi, Sylvain Bemba, etc.]. L’équipe du Centre Culturel Français lui propose parallèlement de se lancer dans la mise en scène [Jean-Paul Sartre, etc.]. En 1983, Georges intègre la troupe de Sony Labou Tansi. Il fait la connaissance de Daniel Mesguich, qui travaille alors à Brazzaville. Mesguich et Pierre Vial lui suggèrent de venir en France et d’intégrer la Conservatoire d’Art Dramatique, où il existe une formation d’un an pour les étudiants étrangers.
 
C’est ainsi que Georges quitte le Congo pour la France. Il s’imagine que c’est une affaire de quelques mois. Durant les années Jack Lang, Gabriel Garran père du Théâtre International de Langue Française [TILF], le convie à la Villette avec une troupe de 40 comédiens. Il joue «Les Nègres» de Jean Genet à Lyon ; Mesguish prend la direction du Théâtre national de Lille, Tourcoing et de la région Nord/Pas-de-Calais et l’invite à jouer dans Andromaque, puis Georges entame une mission «jeune public» autour du conte pendant 3 ans au Théâtre le Grand Bleu. Il ne cesse de travailler et de multiplier les rencontres fructueuses. Grâce au metteur en scène Alain Timar, il part en Avignon jouer «En attendant Godot» de Samuel Beckett, création qui durera 6 mois. Gérard Gelas [fondateur et directeur du Théâtre du Chêne Noir, à Avignon] le repère et l’embarque dans une tournée ainsi que dans diverses créations pendant 3 ans.
 
C'est en remontant d’Avignon vers Paris en voiture - afin de rejoindre sa compagne et ses deux filles aînées, Flore et Marinette - qu’il apprend un samedi de 1997 sur Radio Africa n°1 que la guerre éclate à Brazzaville. Il est d’autant plus bouleversé, que la guerre se déplace vers Pointe-Noire où vit toute sa famille. Quand il arrive à joindre son frère Bruno par téléphone, les nouvelles sont effroyables et les risques immenses. La famille arrive pourtant à se cacher et à survivre. Georges qui n’est pas retourné au Congo depuis des années a un besoin viscéral de retourner en Afrique. N’importe où mais de toute urgence ! Il entre dans la 1ère agence de voyage qu’il trouve et demande un vol sec. Ce sera Cotonou au Bénin la semaine qui suit ! 

Il ne connaît personne et décide alors d’aller directement au Centre Culturel Français. Il fait la connaissance d’Ali et au cours d’un week-end, il visite le village de Ségbohoué, sur les bords du Lac Ahémé [un lac à aimer …]. Il rencontre la famille Bonou ainsi que des artistes béninois qui le conduiront vers un nouveau projet au Théâtre Firmin Gémier à Anthony.
 

A son retour en France, il rencontre Elise, sa nouvelle compagne, met en scène un auteur béninois, participe au Festival de la francophonie [grâce à Afrique en création] et retourne au Bénin pour jouer seul en scène. Elise et lui donneront naissance à Léna (10 ans), Lorette (7 ans), Manolo (3 ans ½) et à l’association Zenga-Zenga [le Zenga est un rite théâtral de guérison pratiqué par les peuples Kongos de la forêt du Mayombe au Congo. Mais le hasard a fait que le Zenga est également un type de représentation calligraphique japonais, lié au bouddhisme, basé sur un mélange de textes et de dessins poétiques, sensé symboliser le lyrisme de la vie et la douceur de vivre (Zen)]. 

Alors qu’il retourne au Bénin, Georges découvre avec stupéfaction que les élèves n’ont pas accès aux livres et étudient tant bien que mal sur des polycopiés. Avec Elise, qui est institutrice, ils mettent en commun leur énergie et récoltent des kilos de livres (7000 livres au moins) qu’ils feront parvenir dans le village de Ségbohoué. Il crée alors en 1999 son projet de biblio-pirogue sous la protection de la famille Bonou. Les livres sont acheminés par pirogue de villages en villages, tout autour du lac. Plusieurs étés de suite, des amis du couple et des bénévoles [dont j’ai eu la chance et le bonheur de faire partie en 2000] viendront prêter main forte au projet [alphabétisation, création d’une fresque murale et d’un atelier informatique, distribution de médicaments au dispensaire, etc.]. 

Georges reproduira l’expérience au Congo, puis sur les bords de Loire, à La Daguenière où il a vécu jusqu'en 2012 [contes, stages de danse, de musique, etc.]. Georges participe à de nombreux festivals, joue en Roumanie et en Algérie. En 2009, il collabore avec ses amis, Les Ogres de Barback à l’album "Pitt Ocha, au Pays des Milles Collines". Des chansons sont suivies d'un conte, narrant une aventure de Pitt Ocha au Rwanda. C’est Georges qui assurera le rôle du conteur dans cet album.
 
Cet été, sa famille et lui se sont installés pour 3 ans à Pointe-Noire. Retour aux sources ! Ses enfants pourront communiquer avec leur grand-mère puisque Georges a veillé à leur apprendre la langue locale, le lari. La région du Kouilou regroupe 6 communes avec des écoles et des bibliothèques. Il envisage avec Elise un programme d’éducation pour les filles-mères déscolarisées, l’apprentissage de petits métiers et divers projets socioculturels. Il envisage aussi d’initier un projet de reconstruction de bateaux typiques des bords de Loire par un charpentier de marine congolais. 

Si Georges était un instrument de musique, il serait un bâton de pluie tant son rapport à l’eau est omniprésent. D’ailleurs, la dernière fois que nous nous sommes vus, c’était sur la Seine et sur une scène ! Il a joué pendant 2 mois avec Ludovic Goma « La belle histoire de Leuk-le-lièvre » un conte de Léopold Sédar Senghor sur la Péniche de la Baleine Blanche à Paris. 

Georges est un peu comme Moïse. Faute de séparer les eaux, il rassemble et nous montre la voie …

Retrouvez Georges M'Boussi sur sa page Facebook : https://www.facebook.com/#!/profile.php?id=1007682722&sk=info

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