Sarah




Véritable Rochelaise, Sarah naît en 1974. Enfant unique, elle passe toutes ses vacances dans la région, essentiellement à l’île de Ré. Bien qu’assez mature, elle est une élève moyenne car elle s’ennuie à l’école. Elle croisera quelques enseignants d’exception qui comprendront rapidement sa passion pour le 7ème art. Notamment, un professeur d’italien qui lui confiera un travail de fond sur le cinéma italien. Une option qui lui vaudra des points au Baccalauréat. Sarah aime surtout les langues étrangères mais lit peu en dehors des journaux et des magazines. Pour cause, sa grand-mère adorée, tient un kiosque à journaux à La Rochelle. Sarah qui est très complice avec elle, la voit se lever tôt, travailler dur et livrer des magazines à ses abonnés, chaque jour de l’année en vélomoteur. 

Dans les années 70, le magnétoscope se démocratise, les vidéos-clubs fleurissent et des chaînes de télévision d’un genre nouveau (Canal+ et Arte) débarquent sur le petit écran. C’est sa mère qui lui donne le goût du cinéma, avec notamment un genre cinématographique bien particulier : le film d’épouvante ! Elles regardent ensemble « Invasions des profanateurs » de Philip Kaufman et « Possession » d’Andrzej Zulawski avec Isabelle Adjani, ses deux premiers « traumatismes » ! Les Disney, très peu pour elle ! Elle préfère Jacques Demy [Peau d’âne, Les Demoiselles de Rochefort] et le cinéma de Bertrand Blier, qui deviendra sa madeleine de Proust !  

Dès l’âge de 15 ans, elle se rend au prestigieux Festival International du Film de La Rochelle qui se déroule traditionnellement au mois de juillet. L’année suivante, elle fait une rencontre exceptionnelle et décisive. Elle y croise le réalisateur australien Peter Weir [le Cercle des poètes disparus, Green Card, The Truman Show]. Du haut de ses 16 ans, et en cachette des journalistes, elle lui pose une question suffisamment pertinente pour intriguer ou attendrir Weir. Il l’invite à prendre un café, et pour la 1ère fois, elle a le sentiment que le monde du cinéma est accessible. Weir lui prodigue quelques conseils, qui donneront à Sarah le sentiment d’être enfin comprise. Cette expérience confirme l’évidence et la conforte dans son envie de faire du cinéma. Mais comment y parvenir ?  

Faute de club vidéo à La Rochelle, Sarah se lance alors dans le théâtre. Elle le pratique pendant 7 ans avec curiosité et légèreté. Elle observe, apprend le métier et n’est pas encore tétanisée à l’idée d’être sur le devant d’une scène. A 18 ans, on lui offre sa toute 1ère caméra vidéo. Elle filme alors ses amis et sa famille. A 19 ans, elle entame des études de cinéma à l’Université de Paris 8. Dès 1992, toujours au Festival International du Film de La Rochelle, elle découvre Atom Egoyan, réalisateur, producteur et scénariste canadien d’origine arménienne. Nouvelle révélation ! Dans l’univers d’Egoyan, elle se reconnait totalement. Elle décide qu’il serait son sujet de maîtrise et envisage de partir étudier au Canada ! A cette période, Sarah a peu voyagé et sent qu’elle a besoin de changer de vie. Il n’y a hélas pas d’échange universitaire possible entre Paris et Toronto, où vit Atom Egoyan. Pas grave ! La porte d’entrée sera la Concordia University de Montréal. 

En 1997, Sarah débarque dans la ville en pleine nuit ! Elle a pourtant l’étrange et familière sensation d’arriver chez elle. Le chauffeur de taxi qui la conduit à son arrivée à l’aéroport, lui propose de faire un tour de la ville à l’œil ! Elle déambule alors dans une ville qui l’inspire et découvre là-bas, le documentaire et le cinéma direct [celui du québécois Jacques Leduc ou encore Chronique d'un été de Jean Rouch et Edgar Morin]. Elle imagine une correspondance sous forme de lettres-vidéos. Nouvelle rencontre décisive avec Maurice Devereaux, réalisateur, producteur et scénariste de film d’horreurs. Elle a un véritable coup de foudre amical pour cet homme qui va la prendre sous son aile ! Pour Sarah, ce sera un apprentissage peu banal mais très formateur ! Une idée de film germe, sous l’angle des 4 saisons à travers Montréal. 

En août 2001, elle réalise son tout 1er documentaire : « Montréal, perspective d’une rencontre » qui s’achèvera en avril 2004 ! Elle dépose un dossier à Défi Jeune [dispositif national d'aide à la création], emprunte de l’argent à La banque et s’entoure d’une formidable équipe technique. Elle devient le capitaine du bateau et se jette dans l’aventure corps et âme. La peur disparaît au profit de l’action. Elle appelle cela « ses peurs concrètes ». Son film devient une obsession, prend toute sa vie, tout son temps. A son retour en France, le film n’est pas vu, puisqu’il n’est pas distribué. Il circule cependant sous le manteau, de main à la main. Sarah a pourtant besoin de gagner sa vie. Son exigence intellectuelle la pousse à travailler dans le secteur culturel. Elle enchaîne les contrats au « 104 », pour « Paris Quartier d’été » au « Théâtre National de Chaillot », au « Festival d’Automne » comme médiateur, puis comme ouvreuse au « Théâtre national de la Colline ». 

Mais c’est à la Sainte-Chapelle où elle est agent d’accueil, qu’elle va trouver le sujet de son 2ème documentaire. Un grand chantier de restauration des vitraux est entrepris dans le monument historique. Sarah pressent l’évènement et mesure tout l’intérêt d’en être le témoin. Elle pense d’abord à la réalisation d’un film institutionnel mais rapidement Sylvie Clavel, à l’époque administratrice de la Sainte-Chapelle, lui suggère de trouver un producteur. Une seconde vague de restauration doit être lancée en 2009, Sarah doit faire vite et convaincre ! Ce qui sera le cas. « L’intime et le monumental » peut alors commencer, grâce à l’aide non pas d’une mais de deux productrices : Laure Bernard et Agnès Trintzius pour Crescendo Films. 

En plus de son travail d’ouvreuse le soir, Sarah va alors passer 2 ans avec ceux qui ont œuvré pour cette gigantesque et rarissime restauration. Elle tisse des liens avec les artisans, les scientifiques et cherche à comprendre les liens affectifs et charnels que chacun va nouer avec sa parcelle. La signature de son 1er contrat d’auteur, le bulletin de salaire sur lequel figure le titre de son film, la diffusion du documentaire sur la chaîne Histoire, un article dans Télérama [glissé entre Claude Chabrol et Michael Mann], sont autant d’étapes vers sa légitimité de documentariste. 

Au fond, Sarah cherche à décrire « toute la beauté du monde », la justesse de la réalité et faire se sentir moins seul le spectateur. Aujourd’hui, elle a envie de transmettre sa passion aux plus jeunes afin de leur prouver qu’il est possible d’approcher ou de côtoyer l’exceptionnel. Bien sûr, Sarah a plusieurs projets dans sa manche, dont un projet pédagogique. Tant que Sarah continuera à se poser des questions, elle cherchera des réponses sous forme de documentaires. Mais silence ! Ca tourne … et notre cœur de battre va continuer !

« L’intime et le monumental » de Sarah Clément-Colas a été récemment diffusé sur la chaîne Histoire. Vous pouvez encore voir la bande annonce du documentaire : http://www.histoire.fr/histoire/videos/bandes-annonces/0,,6681150-VU5WX0lEIDQ5Ng==,00-l-intime-et-le-monumental-histoire-d-une-restauration-.html

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